Du fait de son caractère insulaire, Bahreïn est considéré comme le pays du Golfe le plus vulnérable au changement climatique (l’émirat du Qatar étant le deuxième pays le plus menacé). Comme les autres Etats de la région, Bahreïn est depuis longtemps confronté aux chaleurs estivales très élevées, que les taux d’humidité rendent particulièrement pénibles pour les organismes humains. Or, ces températures suffocantes sont sur une courbe ascendante dans toute la région : elles ont, à plusieurs reprises au pic de l’été 2023, dépassé 45 °C, avec un taux d’humidité dépassant parfois 85%. L’une des conséquences économiques a été une consommation d’énergie électrique la plus importante de l’histoire du pays, renvoyant à l’usage intensif de la climatisation – qui participe elle-même du réchauffement climatique. Par ailleurs, comme dans l’ensemble de la région – on pense en particulier à l’Irak et à l’Iran, les sécheresses s’allongent, accompagnées de violentes tempêtes de sable.

L’archipel de Bahreïn est particulièrement vulnérable à une autre menace à bas bruit, mais inéluctable : la montée des eaux du Golfe, liée à un réchauffement climatique qui fait fondre glaciers et calottes glaciaires. Etat insulaire, le royaume est confronté au même risque que plusieurs autres îles dans le monde. Depuis 1976, le niveau de la mer augmente chaque année de 1,6 millimètre à 3,4 millimètres. Or, la grande majorité du million et demi d’habitants habite dans des zones littorales de très faible altitude ; et dans les lotissements construits sur les dizaines d’îles gagnées sur la mer par remblaiement au nord de l’archipel (on est passé de 33 îles et d’une superficie de 665 km² en 1968, à plus de 80 îles et 790 km² en 2023). La menace de submersion de ces zones basses et densément peuplées, où sont concentrées la plupart des activités commerciales, tertiaires et de loisirs, est réelle.


Bahreïn et Qatar : Projections de l’élévation du niveau de la mer d’ici 2100 pour deux scénarios avec l’ampleur de l’élévation en mètres (légère = 1 m ; extrême = 3 m). Source : Earth.org (cf. infra)


D’ici à 2050, selon les scénarios optimistes, le niveau de la mer pourrait monter d’au moins un demi-mètre, ce qui amorcerait l’inondation des zones habitées les plus basses, et menacerait à long terme l’aéroport international, largement gagné sur la mer. Selon certaines prévisions du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), une élévation de 1,5 m du niveau de la mer pourrait impacter jusqu’à 27 % de la superficie du royaume à la fin du siècle. La menace de la montée des eaux commence à peine à être intégrée dans l’élaboration des politiques publiques. A ce stade, les autorités envisagent donc d’élargir les plages, de surélever les digues et les terrains gagnés sur la mer. En réalité, peu d’efforts ont été déployés pour s’adapter à un environnement en évolution rapide.

Une autre conséquence environnementale déjà repérée est l’intrusion de l’eau de mer dans les nappes phréatiques, compromettant les réserves aquifères souterraines de Bahreïn, déjà peu abondantes et sur-sollicitées. Le recours aux usines de dessalement va donc augmenter, dont les effets négatifs sont connus : une très importante consommation d’énergie, et des rejets massifs de saumures qui dégradent des fonds marins déjà très pollués par des décennies d’industries pétrochimiques.

On relèvera qu’en 2023-2024, c’est le ministre du Pétrole et de l’Environnement, Mohammed ben Mubarak ben Daina, qui est l’envoyé spécial du royaume pour les affaires climatiques dans les réunions internationales : la COP28 à Dubaï en novembre-décembre 2023, présidée par Sultan Ahmed Al-Jaber, ministre de l’Industrie émirati et PDG de la compagnie nationale Abu Dhabi National Oil Company ; ou la prochaine COP29, en novembre 2024, à Bakou, dans l’émirat pétrolier et gazier qu’est l’Azerbaïdjan…

SOURCES

Revue de presse bahreïnie et internationale

BURDY JP., https://questionsorientoccident.blog/2023/03/15/larchipel-de-bahrein-entre-land-reclamation-speculation-fonciere-et-immobiliere-la-superficie-de-690km2-en-1991-a-790km2-en-2023-et-le-nombre-diles/

MULHERN Owen, « Sea Level Rise Projection Map – Qatar and Bahrain », Earth.org, Sep 17th 2020. URL: https://earth.org/data_visualization/sea-level-rise-by-2100-qatar-and-bahrain/